Contempler l’abîme

 

CRÉDITS

Guitares, voix, piano et synthétiseurs: Marie-Eve Roy
Guitares et voix : Guillaume Beauregard
Basse : Maxime Beauregard
Batterie : Pat Sayers

Featuring vocal (L’effondrement qui vient) : Jenny alias J.Kyll Salgado
Mouvements symphoniques : Orchestre symphonique de Budapest
Arrangements symphoniques : Guido Del Fabro

Commentaire sur Terminé le fun : Bernard Stiegler
Paroles et musique : Guillaume Beauregard et Marie-Eve Roy
Réalisation : Gus van Go au Studio PM à Montréal et au Studio Giant à Toronto entre janvier et mars 2025
Mixage : Gus van Go
Mastering : Ryan Morey

Photos couverture et back cover : Renaud Philippe
Photo du groupe : Gaëlle Leroyer

Paru le 14 novembre 2025 sous l’étiquette Costume Records

PAROLES

Mesdames et messieurs c'est la fin Il était temps qu'on y arrive Il aura fallu qu'on décrisse Les ¾ de tout ce qui existe Mesdames et messieurs c'est la fin Comprenez la mise en abyme Comme un jet d'amour impossible Dans la grande rupture d'équilibre Mesdames et messieurs c'est la fin De nos monologues unanimes De nos paradoxes insolubles De nos angoisses d'apocalypse Mesdames et messieurs c'est la fin Il aura fallu qu'on décrisse Les ¾ de tout ce qui existe Mesdames et messieurs c'est la fin Une nouvelle ère se dessine Et maintenant nous tend la main C'est terminé le fun À l'aide à sortir de ce paradigme À rationaliser ce monde inique Y'a rien d'utile, tout est délétère Dans le vomi verbal du développement écologique À me dissocier pour me convaincre Qu'après le virage c'est le triomphe Pendant que je pleure le monde commun qui s'effondre À l'aide à rêver, à l'aide à aimer Aliéné, manœuvré, institué C'est dur à dire mais j'ai du mal à vivre Dans l'emballage de nos conversations décoratives À me dissocier pour me convaincre Qu'après l'orage c'est le triomphe À faire le deuil du monde commun qui s'effondre Que je ne suis pas tout seul Je ne suis pas tout seul À toucher le fond de cette vie absurde C'est terminé le fun Il était temps qu'on y arrive Il aura fallu qu'on décrisse Les ¾ de tout ce qui existe Vers un silence commun Pour contempler l'abîme Dans le miroir opaque de la névrose Raisonner la folie Le mal de vivre Une salle d'attente de fin du monde Vers un silence commun Pour contempler l'abîme Devant les lambeaux d'espoir qui s'étiolent Ce sentiment connu De ne plus croire Comme un prélude vers la révolte
Enfin c'est la fin notre étoile est morte Rêvons ce temps où la folie avorte La fin du drame et la fin d'une époque Enfin l'industrie culturelle est morte C'est la fin des inquiétudes infécondes La fin de la flore, la fin de la faune Fin de la psychose et fin de l'ivresse Enfin c'est la fin de croire aux promesses Vers un silence commun Pour contempler l'abîme Des voies sans issue et des portes closes Ce sentiment connu De ne plus croire Que les reflets d'une étoile morte La fin des prières la fin des licornes La fin du futur et la fin du punk La fin de l'ironie démocratique La fin des vierges fonds océaniques La fin des filles et des femmes en botox La fin des témoins qui sonnent à ma porte La fin des banquises et des satellites La fin du délire idéologique La fin de l'ordre et du déséquilibre Fin de la matière et la fin du vide Fini d'habiller Pierre pour habiller Paul La fin des GAFAM au fond de ma gorge C'est la fin de la forêt boréale La guerre entre Québec et Montréal La fin de la faim au fond de l'Afrique La fin des États-Unis d'Amérique La fin du carnage néolibéral La fin du calme sur le littoral De l'abondance et des négationnistes Fin des ostis de gros hummers métalliques Enfin c'est la fin notre étoile est morte Rêvons ce temps où la folie avorte La fin du drame et la fin d'une époque Enfin l'industrie culturelle est morte Om mani padme hum
Oh il n'est, il n'est pas dans nos gènes Il n'est ni dans notre ADN Il ne, ne coule pas dans nos veines, il ne Oh il est, le boulet que l'on traîne, il est Oh il est, le travail à la chaîne, il est Brisé, à jamais lié Le prix à payer Au pied du mur, reculé Brisé, déshumanisé Sans demi-mesure On se déchire, épuisé Oh il a, il a fini son règne Il ne, il ne rit plus il saigne, il est Prisonnier de sa peine, il est Oh il est, l'entrave que l'on traîne, il est Oh il est, le travail à la chaine, il est Brisé, à jamais lié Le prix à payer Au pied du mur, reculé Brisé, déshumanisé Sans demi-mesure On se déchire, épuisé Brisé, le cœur déchiré Épuisé
Pris dans les silos immenses d'une réflexion en trêve Dans nos écoles transformées en usines de citoyens modèles Où on enseigne le cynisme face au moins pire des systèmes Pour bâtir des Best Buy autour de nos ghettos modernes Dans le fantasme absurde de mettre les riches en orbite Pour que la plèbe puisse chier en regardant des channels de fascistes Pour contempler le vide intersidéral S'fourrer de la 100G dans la gorge avec une paille recyclable Pour mieux faire du chiffrage, remaniage, transgression du langage Dans l'ombre opaque d'un mirage jusqu'au prochain suffrage Foudroyé de honte par l'opulence assassine Et détrempé de foi Dans un baiser d'adieu Ceint de fleurons glorieux J'écoute Ravel et Brahms Champagne en main L'effondrement qui vient Quand c'est pas la mer, c'est l'amertume qui tue Le rêve qui veut t'asphyxier La démocratie qui nous malmène : « My man… Appelle-moi M'sié » La liberté te mord Dévore ton futur à chaque bouchée La fable qui endort l'homme Que la femme va accoucher! Est-ce que l'amour suffira Se fiera au temps qui a raison? Va-t-elle lui donner sa vie… ou ses bras Son cordon de pendaison? Sa guerre, La peur de l'inconnu, de l'histoire qu'on écrit? Se vaincre ou se taire Avant que l'enfant desserre les poings et lâche son dernier cri? Ayida Wedo! Que le ciel m'accompagne! Le bébé sur le dos La mitraille sur le pagne Banger dans la bagnole Ce soir, on sort du bagne! Champagne au sol car le rêve crève… Que le jour se lève! Et détrempé de foi Dans un baiser d'adieu Ceint de fleurons glorieux J'écoute Ravel et Brahms Champagne en main L'effondrement qui vient
Ce matin Pierre-Arthur est parti à l'école avec un gun Léonie depuis hier soir se fait vomir pour se sentir mieux dans son corps Non madame, non monsieur Et tout ce qui existe entre les deux Ce n'est pas fini, ce n'est qu'un début On lâche pas la gang On continue… on continue! Olivia étudie par hasard la pornographie juvénile Gabriel n'est plus là pour nous raconter sa surdose de fentanyl Non madame, non monsieur Et tout ce qui existe entre les deux Ce n'est pas fini, ce n'est qu'un début On lâche pas la gang On continue… on continue! En ces sombres temps de sarcasme obscène D'une ère sans époque, de noirceur extrême C'était mieux avant, on verra demain Un peu plus haut, un peu plus loin Non madame, non monsieur Et tout ce qui existe entre les deux Ce n'est pas fini, ce n'est qu'un début On lâche pas la gang On continue… on continue
Les voix dans ma tête Sans arrêt ni silence Me parlent et me répètent De rester dans la danse Mais je ne suis pas faite Pour tenir la cadence Vivre en état d'alerte Dans un plan séquence Et quand le temps s'arrête Tout recommence Que lorsque je m'arrête Tout recommence Lorsque je m'arrête Les mots dans ma tête S'envolent dans tous les sens Le temps que je regrette Me pourrit l'existence Car je ne suis pas faite Pour nier ton absence Qui m'embrase le cœur Me brûle en silence Et quand le temps s'arrête Tout recommence Que lorsque je m'arrête Tout recommence Lorsque je m'arrête Tout recommence J'fais le vide dans ma tête Je tourne la cassette Lorsque je m'arrête Je recommence À prendre un pas de recul À panser la démesure De ma culpabilité Accuser l'impertinence De courir à contre-sens Et quand le temps s'arrête Tout recommence Que lorsque je m'arrête Tout recommence Lorsque je m'arrête Tout recommence J'fais le vide dans ma tête Je tourne la cassette Lorsque je m'arrête Tout recommence
Je tombe et me relève Puis m'effondre à genoux La peur au bout des lèvres Les promesses qui s'envolent Des larmes sur le sol Des larmes dans mon cou Le plancher se déforme Je ne tiens plus debout Encore une avalanche qui déboule Une voile qui s'affale Mon âme tremble et se courbe Sous les cris, cachée sous la table Aveuglée par le mal enseveli Sous les barricades Une lutte interminable Un déluge de pluie, de feu, d'injures, de coups, de grêle et de larmes Je ferme les tiroirs Évite le miroir Redéfinis le pire Survis à ce délire Du rouge sur les joues Le regard un peu flou Tout pour ne pas tomber Dans la cage d'escalier Encore une avalanche qui déboule Une voile qui s'affale Mon âme tremble et se courbe Sous les cris, cachée sous la table Aveuglée par le mal enseveli Sous les barricades Une lutte interminable Un déluge de pluie, de feu, d'injures, Un déluge de pluie, de feu, d'injures, de coups, de grêle et de larmes
Il faut se jeter à l'eau Plonger dans le néant S'il faut quitter le bateau Inondé par la peur Est-ce la marée que j'entends? Elle monte ou descend Balancée par le vent Plus rien ne semble comme avant Le déferlement des vagues sur le temps Il faut se jeter à l'eau Plonger dans le néant S'il faut quitter le bateau Inondé par la peur Jusque dans les profondeurs Au fond de l'océan Il faut partir avant l'heure Emporté par le même courant L'onde émise dans le noir Se brise sur le phare Elle revient et repart Sur l'immensité de l'océan La fin des tourments Vers un nouveau départ Il faut se jeter à l'eau Plonger dans le néant S'il faut quitter le bateau Inondé par la peur Jusque dans les profondeurs Au fond de l'océan Il faut partir avant l'heure Emporté par le même courant
Réfléchir c'est nul mieux vaut me cramer les synapses En payant mes impôts pour financer de l'asphalte Ne me reste plus que l'absurde du temps qui déconne La confusion et la douceur amère de l'opium La cadence obscène de nos vies dans la démesure La ruine de l'avenir tant que la livraison est incluse Refuser la suite Libérer la foudre Malgré le déluge et la chute Continuer la lutte S'emparer du sens Réapprendre à vivre ensemble Depuis que j'bois plus ma prison est beaucoup plus vaste Pour juger tout le monde pendant que moi j'fous rien qui vaille Mes enclaves de béton plus grandes que mes ambitions Affronter la déprime ben gelé sur les amphétamines Refuser la suite Libérer la foudre Malgré le déluge et la chute Continuer la lutte S'emparer du sens Réapprendre à vivre ensemble Et je chante, et je chante, et je chante oh mon amour! Et je chante et je chante et je chante, chante avec nous Et je sais que la peur paralyse Mais j'essaie de tenir sans me dire Tout est vain c'est la vie Incroyable mon amour, formidable mon ami Le manège dans la tête, dans l'espace infini Alors je chante Que tout était si prévisible Et cet air tellement monotone Comme un cri du cœur inaudible
Et on relance Ce pamphlet de l'incertitude Ce cliché de la servitude Ce simulacre de résistance Et puis on plonge Dans le vertige de nos inquiétudes Asservis dans un protocole À respecter le processus Alors on chante À l'unisson la rhétorique De la rectitude commerciale Comme une loi métaphysique Jusqu'à ce qu'on tombe De fatigue et de lassitude, abreuvés à même nos rivières insalubres Jusqu'à ce qu'on sombre Dans la barbarie, la tristesse, dans l'isolement collectif et l'abandon Faire sécession
Laisse-moi nommer ma peine Et la colère qui monte Laisse-moi gueuler ma rage Sur tous les toits du monde Laisse-moi perdre à ta place L'espoir qui nous sublime Laisse-moi perdre la face En déterrant les mines Dans l'air chaud et la brume La tempête qui se forme La rivière qui déborde Et mon cœur qui explose Les horreurs qu'on exhume Et je suis perdu Laisse-moi nommer ma peine Laisse-moi rester fragile Dans ce déni obscène Laisse-moi dormir tranquille Laisse-moi ouvrir les yeux Au milieu de l'éclipse Laisse-moi hurler un peu Jusqu'au fond de l'abysse Dans l'air chaud et la brume La tempête qui se forme La rivière qui déborde Et mon cœur qui explose Les horreurs qu'on exhume Et je suis perdu Je retourne à la case initiale Sans me savoir futile ou subversif À devenir ton objet nostalgique Sur la scène de la Banque Nationale À l'ombre d'une millième manif La douce rébellion qui nous abreuve Dans nos contradictions qui s'empilent Me croire seul à me croire inutile Je retourne à la case initiale Sans me savoir habile ou pathétique À chanter : la raison est perdue À répéter sans fin l'exercice À produire des rimes d'apocalypse Naviguer entre les écueils Du contenu que le système nous dégueule Me croire seul à me croire inutile Dans l'air chaud et la brume La tempête qui se forme La rivière qui déborde Et mon cœur qui explose Dans l'air chaud et la brume La tempête qui se forme La rivière qui déborde Et mon cœur qui explose Les horreurs qu'on exhume Il n'y a plus de prose Plus de paix dans ma plume Dans mon cœur qui explose Je suis perdu
 
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